Tu prends une pomme à l’épicerie.
Aucune taxe.
Tu prends la même pomme, mais coupée avec cinq de ses amies dans un joli plateau en plastique.
TPS seulement.
Tu prends une pomme dans un distributeur automatique.
TPS et TVQ.
La pomme n’a pas changé. Elle a simplement pris de mauvaises décisions logistiques.
Et si le plateau de fruits ne porte maintenant que la TPS, c’est nouveau : avant le 15 juillet 2026, il était encore soumis aux deux taxes.
Depuis cette date, le Québec a retiré la TVQ sur plusieurs produits vendus à l’épicerie. Il n’y a donc plus seulement deux catégories, les produits taxés et les produits non taxés.
Il y en a maintenant trois :
0 % de taxe, pour la majorité des aliments de base.
5 % de taxe, pour certains produits qui restent soumis à la TPS, mais plus à la TVQ.
14,975 % de taxe, pour les produits soumis aux deux taxes.
Et comme le gouvernement tient compte du produit, de son format, de la manière dont il a été préparé et parfois même de l’endroit où tu l’achètes, deux aliments presque identiques peuvent se retrouver avec une facture très différente.
Six muffins peuvent être détaxés, mais pas cinq. Une grosse bouteille d’eau peut ne porter aucune taxe, tandis qu’une petite bouteille du même produit est taxée à presque 15 %. Et un petit contenant de crème glacée, auparavant soumis aux deux taxes, porte maintenant seulement la TPS.
Bref, pour payer moins de taxes à l’épicerie, il ne suffit pas toujours de choisir le bon produit.
Il faut aussi choisir le bon format, la bonne quantité et, manifestement, éviter que ta pomme se retrouve dans un distributeur automatique.
Sommaire
Pourquoi certains aliments ne sont-ils pas taxés?
À la base, le principe est assez simple : le gouvernement veut éviter de taxer les aliments essentiels et favoriser ceux qu’on achète pour préparer nos repas maison.
Les fruits, les légumes, les œufs, le pain, la viande, le poisson, le riz, les pâtes et le lait nature sont donc généralement détaxés.
Les boissons gazeuses, les bonbons, les croustilles et plusieurs aliments prêts à manger, eux, sont taxés.
En gros, le gouvernement détaxe ton souper, mais pas nécessairement ce que tu manges devant Netflix.
Après, ça se complique à cause du format, de la quantité et de l’endroit où le produit est vendu.
Exemple concret : six muffins peuvent être détaxés, mais pas cinq. Une grosse bouteille d’eau peut ne porter aucune taxe, tandis qu’une petite bouteille du même produit est taxée à presque 15 %. Et un petit contenant de crème glacée, auparavant soumis aux deux taxes, porte maintenant seulement la TPS.
L’idée de départ est donc simple.
Son application a manifestement été confiée à des gens qui aiment beaucoup les exceptions.
Voici donc comment t’y retrouver sans devoir entreprendre une formation accélérée en fiscalité entre le rayon des yogourts et celui du papier toilette.
Ce qui a changé le 15 juillet 2026
Depuis le 15 juillet 2026, le Québec ne prélève plus la TVQ sur certains produits qui étaient auparavant soumis aux deux taxes.
La TPS de 5 % demeure. Ils sont donc passés de 14,975 % à 5 % de taxe.
Bref, ce n’est pas encore la liberté fiscale complète. Mais c’est déjà presque 10 % de moins sur ton petit pot de crème glacée, et personne ne va se plaindre de ça.
Voici les produits concernés :
- les portions individuelles de moins de 500 ml ou 500 g de crème glacée, lait glacé, sorbet, yogourt glacé et autres desserts glacés;
- les beignes, biscuits, muffins, gâteaux, tartes, tartelettes, pâtisseries et croissants sucrés vendus en portions de moins de 230 g ou dans un emballage de moins de six unités;
- les portions de moins de 425 g de pouding, gélatine aromatisée, mousse et autres crèmes-desserts;
- les salades de fruits et les plateaux de fruits préparés, coupés ou lavés;
- les plateaux de légumes préparés, coupés ou lavés;
- les noix et graines salées ou assaisonnées, sauf si l’assaisonnement est principalement composé de sucre;
- les barres et mélanges principalement composés de céréales, de graines, de noix ou de fruits séchés, comme les barres granola et les mélanges du randonneur;
- le papier hygiénique et les mouchoirs.
Oui, la même mesure fiscale rassemble officiellement les barres granola, les tartelettes, les plateaux de légumes et le papier toilette.
Je ne sais pas qui a composé cette liste, mais il avait manifestement une vision très complète d’une journée ordinaire.
Attention toutefois : la mesure s’applique surtout dans les épiceries et les commerces semblables. Elle ne s’applique généralement pas aux aliments vendus dans un distributeur automatique, par un traiteur ou dans la plupart des restaurants. Dans ces cas-là, les deux taxes continuent de s’appliquer.
Le gouvernement voulait alléger la facture d’épicerie.
Il a donc commencé par la crème glacée, les muffins et le papier toilette.
Honnêtement, ce n’est pas la pire définition des produits essentiels.
Quand le format change aussi les taxes
C’est là que ça devient un peu ridicule.
Tu peux acheter exactement le même produit, mais selon la taille du contenant ou le nombre d’unités dans la boîte, tu ne paieras pas les mêmes taxes.
Juste parce qu’il manque un muffin ou 27 ml.
Cinq muffins ou six muffins?
À l’épicerie, un paquet de six muffins sucrés ou plus est généralement détaxé.
Un paquet de cinq? Tu paies la TPS de 5 %.
Même chose pour les beignes, les biscuits, les tartelettes, les morceaux de gâteau et plusieurs autres pâtisseries vendues en portions individuelles.
Donc :
- cinq muffins : 5 % de taxe;
- six muffins : aucune taxe.
Le sixième muffin n’est donc pas de la gourmandise.
C’est de l’optimisation fiscale.
Il faut toutefois que les six portions soient vendues ensemble. Tu ne peux pas acheter cinq muffins, revenir dix minutes plus tard pour le sixième et demander à la caisse de revoir l’ensemble de ton dossier.
Une petite bouteille d’eau ou une grosse?
Pour l’eau naturelle, la limite est de 600 ml.
Une bouteille vendue seule de moins de 600 ml porte généralement la TPS et la TVQ.
Une bouteille de 600 ml ou plus est détaxée.
Donc :
- une bouteille de 500 ml : 14,975 % de taxes;
- une bouteille de 1 litre : aucune taxe.
Et si les petites bouteilles sont vendues ensemble dans un emballage fermé par le fabricant, elles sont aussi généralement détaxées.
Une bouteille de 500 ml toute seule : taxée.
La même bouteille avec 23 amies : aucune taxe.
Apparemment, l’eau bénéficie d’un tarif de groupe.
Attention, ça ne fonctionne pas pour l’eau gazeuse ou aromatisée. Peu importe le format, les deux taxes s’appliquent généralement.
Les bulles ont choisi une vie plus chère.
Et le lait d’avoine dans tout ça?
Le lait nature est généralement détaxé, même dans un petit contenant.
Mais les boissons d’avoine, d’amande, de soya ou de riz ne sont pas considérées fiscalement comme du lait.
Même si elles sont blanches.
Même si elles sont rangées juste à côté.
Même si tu les verses exactement dans les mêmes céréales.
Elles suivent plutôt la règle des boissons :
- un petit format de moins de 600 ml vendu seul : 14,975 % de taxes;
- un contenant de 600 ml ou plus : généralement aucune taxe;
- un paquet fermé contenant plusieurs petites portions : généralement aucune taxe.
Donc, une petite boisson d’avoine individuelle peut être taxée, tandis que le contenant de 946 ml juste à côté ne l’est pas.
Le contenu est pratiquement le même.
Mais le grand format a manifestement rempli les bons formulaires.
Un petit pot ou un gros pot de crème glacée?
Pour la crème glacée, la limite est de 500 ml ou 500 g.
Un contenant de 500 ml ou plus est généralement détaxé.
Un contenant plus petit porte la TPS de 5 %.
Donc :
- un pot de 450 ml : 5 % de taxe;
- un pot de 500 ml : aucune taxe.
Avant le 15 juillet 2026, le petit pot portait les deux taxes. Il est donc passé de 14,975 % à 5 %.
Ce qui nous amène à la réduflation.
La réduflation, c’est quand une entreprise réduit la quantité dans l’emballage sans réduire le prix dans les mêmes proportions.
Radio-Canada a recensé près de 300 produits vendus au Canada qui avaient rapetissé. En moyenne, leur format avait diminué de 14,3 %.
Et parfois, la nouvelle taille fait aussi apparaître une taxe.
Un pot passe de 500 ml à 473 ml? Tu as moins de crème glacée et tu paies maintenant 5 % de taxe.
Une boîte passe de six barres tendres à cinq? Tu as une barre de moins et la taxe peut apparaître.
Radio-Canada a justement observé que plusieurs petites boîtes de barres tendres étaient passées de six à cinq unités.
Tu paies presque le même prix.
Tu reçois moins de produit.
Et on ajoute parfois une taxe sur ce qu’il reste.
Très belle coordination.
Noix nature, salées ou chocolatées : pas les mêmes taxes
Pour les noix, ce n’est pas la taille du sac qui compte.
C’est ce qu’on a ajouté dedans.
Les noix nature et non salées sont généralement complètement détaxées.
Depuis le 15 juillet 2026, les noix salées ou assaisonnées achetées à l’épicerie portent seulement la TPS de 5 %, à condition que l’assaisonnement ne soit pas principalement composé de sucre.
Les noix sucrées, enrobées de chocolat ou transformées en véritable petite confiserie restent généralement soumises aux deux taxes.
Donc :
- amandes nature : 0 %;
- arachides salées : 5 %;
- noix enrobées de chocolat : généralement 14,975 %.
Manifestement, le cacao facilite grandement la collaboration entre les gouvernements.
Pourquoi ton sandwich est taxé, mais pas ta lasagne surgelée
Après le format et la quantité, il faut regarder une autre chose : dans quel état l’aliment t’est vendu.
Est-ce que tout est prêt et tu peux commencer à manger dans le stationnement? Ou est-ce qu’il te reste encore à l’assembler, le cuire ou le réchauffer?
En gros, plus un aliment est prêt à être consommé immédiatement, plus il risque d’être soumis aux deux taxes.
Les aliments vendus chauds sont taxés
Une pizza chaude, des frites, un poulet rôti, un café ou un thé préparé portent généralement la TPS et la TVQ.
Par exemple :
- une pizza surgelée : aucune taxe;
- une pizza chaude prise au comptoir : 14,975 % de taxes;
- du café en grains : aucune taxe;
- un café préparé : 14,975 %.
Dans un cas, il te reste à allumer le four, surveiller la cuisson et prétendre que tu avais prévu ce souper depuis le début.
Dans l’autre, ton seul travail consiste à ne pas te brûler le palais dans l’auto.
Fiscalement, ce n’est manifestement pas le même niveau d’effort.
Certains aliments froids sont aussi taxés
Un produit n’a pas besoin d’être chaud pour être considéré comme prêt à manger.
Un sandwich, un wrap, un sous-marin ou un bagel garni porte généralement les deux taxes, même s’il est vendu dans un réfrigérateur.
Même chose pour une salade déjà préparée, comme une salade César, une salade de pâtes ou une salade de pommes de terre.
Petite exception depuis le 15 juillet 2026 : la salade de fruits préparée ne porte maintenant que la TPS de 5 %.
Elle a manifestement réussi à négocier un meilleur traitement fiscal que la salade César.
Pour le reste, tu ouvres le contenant, tu trouves une fourchette et tu peux manger directement au-dessus de l’évier pour éviter de salir une assiette.
Le gouvernement considère que tu as été suffisamment épargné.
S’il reste du travail à faire, c’est généralement détaxé
Une pizza non cuite, une lasagne surgelée, un pâté chinois ou un autre plat vendu pour être cuit ou réchauffé à la maison est généralement détaxé.
Même chose pour une trousse de salade dont les ingrédients sont encore séparés.
La salade déjà mélangée est taxable.
La salade que tu dois assembler toi-même est généralement détaxée.
Tu dois ouvrir le sac, vider trois petits sachets, mélanger le tout et retrouver les croûtons qui se sont immédiatement réfugiés dans le fond.
Apparemment, c’est suffisant pour pouvoir dire que tu as cuisiné.
La règle la plus utile à retenir est donc celle-ci :
- vendu chaud ou réchauffé pour toi : TPS et TVQ;
- sandwich, wrap ou salade déjà prête : TPS et TVQ, même si c’est froid;
- salade de fruits préparée : TPS seulement depuis le 15 juillet 2026;
- plat que tu dois encore cuire, réchauffer ou assembler : généralement aucune taxe.
En gros, plus il te reste de travail, moins tu paies de taxes.
Une rare occasion où rentrer chez toi avec encore quelque chose à faire constitue une bonne nouvelle.
La fiscalité très précise du papier toilette et des produits pour bébé
Pour les produits non alimentaires, le gouvernement ne détaxe pas une grande catégorie au complet. Il choisit certains produits précis qu’il considère comme essentiels.
Depuis le 15 juillet 2026, le papier hygiénique et les mouchoirs ne sont plus soumis à la TVQ. Ils portent donc seulement la TPS de 5 %.
L’essuie-tout, le shampoing, le savon et les produits ménagers, eux, restent soumis aux deux taxes.
Donc :
- papier toilette : 5 % de taxe;
- mouchoirs : 5 %;
- essuie-tout : 14,975 %;
- shampoing, savon et produits ménagers : 14,975 %.
Pourquoi le papier toilette, mais pas l’essuie-tout?
Le gouvernement a présenté le papier hygiénique et les mouchoirs comme des produits d’hygiène courants sur lesquels il voulait alléger la facture. L’essuie-tout n’a simplement pas été inclus dans la mesure.
Peut-être parce qu’il existe davantage d’alternatives réutilisables, comme les linges et les chiffons, mais ce n’est pas une raison qui a été officiellement donnée.
Ton rouleau de papier toilette est donc maintenant considéré comme suffisamment essentiel.
Ton essuie-tout, malgré des années à éponger du café, du lait et cette petite flaque mystérieuse devant le frigo, doit encore faire ses preuves.
Pour les bébés, certaines exceptions existaient déjà. La nourriture préparée spécialement pour eux est généralement complètement détaxée. Les couches, les culottes de propreté, les biberons, les tire-lait et plusieurs articles d’allaitement portent seulement la TPS.
Les lingettes humides, elles, restent soumises aux deux taxes.
Donc tu peux nourrir ton bébé sans taxe, changer sa couche avec seulement la TPS, mais dès que tu veux nettoyer le résultat, tu retrouves les deux taxes au complet.
Ton bébé ne sait pas encore tenir sa tête.
Mais fiscalement, son derrière est déjà un dossier complexe.
Ce qu’il faut retenir pour payer moins de taxes à l’épicerie… et pourquoi ça ne fait aucun sens
Pour payer moins de taxes, il faut regarder le format, la quantité, la préparation et parfois même l’endroit où le produit est vendu. Six muffins plutôt que cinq. Un pot de 500 ml plutôt que 473 ml. Une grosse bouteille d’eau plutôt qu’une petite.
Il faut aussi vérifier si les noix sont nature, salées ou chocolatées, si la salade est déjà mélangée, si la pizza est chaude et si ta pomme a eu la mauvaise idée de se faire couper avant d’arriver sur la tablette.
Bref, une épicerie normale. Détendue. Accessible à tous.
Le principal problème, c’est qu’on ne nous donne pratiquement aucun moyen de savoir quelles taxes s’appliquent.
Ce n’est généralement pas indiqué sur la tablette. On le découvre seulement à la caisse. Et même sur le reçu, il est rarement clair quels produits ont été taxés à 5 %, lesquels l’ont été à 14,975 % et pourquoi.
Les épiceries pourraient au minimum indiquer clairement le statut fiscal de chaque produit et détailler les taxes sur le reçu.
Parce que si je dois compter mes muffins, mesurer ma crème glacée et enquêter sur le degré d’autonomie de ma salade, j’aimerais au moins savoir si j’ai réussi l’examen.
Sources principales
- Revenu Québec – Liste des produits qui ne sont plus soumis à la TVQ depuis le 15 juillet 2026.
https://www.revenuquebec.ca/fr/salle-de-presse/nouvelles-fiscales/details/2026-05-27/detaxation-de-certains-produits-dans-le-regime-de-la-tvq/ - Ministère des Finances du Québec – Document officiel détaillant la détaxation de certains aliments et produits d’hygiène entrée en vigueur le 15 juillet 2026.
https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/finances/publications-adm/Bulletins/FR/BULFR_2026-4.pdf - Ministère des Finances du Québec – Document explicatif estimant qu’un couple avec deux enfants économisera en moyenne 45 $ par année grâce à cette détaxation (p. 5).
https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/finances/publications-adm/Bulletins/FR/BULFR_2026-4_Information_complementaire.pdf - Revenu Québec – Règles québécoises sur les aliments taxés ou détaxés.
https://www.revenuquebec.ca/fr/citoyens/taxes/biens-et-services-taxables-detaxes-ou-exoneres/tps-et-tvq/alimentation-produits-taxables-detaxes-ou-exoneres/produits-alimentaires-de-base/ - Agence du revenu du Canada – Liste officielle détaillée des aliments détaxés ou soumis à la TPS, selon leur nature, leur format et leur préparation.
https://www.canada.ca/fr/agence-revenu/services/formulaires-publications/publications/4-3/produits-alimentaires-base.html - Radio-Canada – Enquête sur près de 300 produits ayant rapetissé au Canada.
https://ici.radio-canada.ca/info/2023/reduflation/conclusion-enquete-produits-reduits-epicerie/
5 commentaires
Merci
Merci, intéressant, bon à savoir et pour le portefeuille !
Merci bien. Plus on en sait, mieux c’est!
Merci, bon à savoir ! 🙂
Merci à vous de prendre le temps de nous démêler dans tous ces taxes et non-taxes et sur tous les produits qu’on achète.