Tu sors de l’épicerie. 212 $.
Tu prends le reçu, tu le plies en quatre, tu le glisses dans ta poche. Tu ne le reliras jamais.
Pourtant, dessus, il y a probablement un ou deux produits pour lesquels une marque était prête à te redonner de l’argent. Un dollar sur le yogourt. Deux sur le café. Il fallait juste prendre une photo.
Tu le sais peut-être déjà. Mais est-ce que tu le fais? Probablement pas, et tu n’es pas le seul. D’abord parce qu’on ne sait pas trop comment ça marche. Ensuite parce qu’au moment de chercher une appli pour économiser à l’épicerie, il en sort tellement, qui ont toutes l’air de faire la même chose, qu’on finit par refermer le téléphone sans en installer aucune.
Alors je vais te guider là-dedans. Il y a trois familles d’applis. Une qui te redonne de l’argent après l’achat. Une qui te fait payer moins cher avant. Et une que tu as déjà dans ton portefeuille sans t’en servir. Pour chacune, je te dis ce que ça rapporte, ce que ça te demande, et pour qui c’est vraiment utile. Puis je te dis ce que tu donnes en échange, parce qu’il y a une contrepartie, et ce n’est pas celle que tu penses.
Sommaire
Les applis qui remboursent après l’achat, comment ça fonctionne
La plus connue au Québec, c’est Checkout 51, une appli gratuite qui existe depuis plus de dix ans. Tu achètes un produit qui figure dans ses offres, tu gardes le reçu, tu téléverses sa photo. Le montant est ensuite crédité dans ton compte une fois l’achat validé.
Ce que ça rapporte : de 50 ¢ à 10 $ par produit, selon l’offre. Une utilisatrice citée par le Coast Reporter, un hebdo de la Colombie-Britannique, en comptait 123 actives en même temps. Trois ou quatre produits qui correspondent par semaine, et le compteur avance.
Ce que ça te demande : de la patience. L’argent part seulement quand ton solde atteint 20 $, par PayPal ou par chèque. Par chèque, compte 4 à 6 semaines. Tu vas recevoir ton remboursement avec la même technologie que ta grand-mère utilise pour ta fête.
Concrètement : ouvre l’appli le jeudi, parce que c’est ce jour-là que la liste d’offres est renouvelée. Coche les produits que tu allais acheter de toute façon. Photographie le reçu en rentrant, pas la semaine d’après. Et lis les conditions, parce que certains produits doivent être achetés dans un magasin précis.
À noter aussi, dans la même famille. Il existe une plateforme québécoise, Nous partageons, qui fonctionne comme Checkout 51 mais qui verse la moitié de chaque récompense à un organisme de bienfaisance de ton choix. Tu peux téléverser le même reçu sur les deux. Et Rakuten, dont tu as sûrement entendu parler, rembourse jusqu’à 15%, mais uniquement sur des achats en ligne. Ton épicerie en magasin ne compte pas.
Les applis de circulaires, ça fait économiser, mais ça ne « rembourse » pas
Cherche « appli pour économiser à l’épicerie » et Flipp et Reebee vont sortir dans tous les résultats. Sauf qu’elles font autre chose : ce sont des applis de circulaires. Ton reçu ne sert à rien ici. Tout se joue avant l’achat, au moment où tu décides quoi acheter et où.
Flipp rassemble les circulaires de la semaine des magasins autour de chez toi. Tu tapes « poulet », tu vois le prix chez Maxi, IGA, Super C ou Metro, tu l’ajoutes à ta liste. Reebee fait la même chose, et les deux figurent dans la sélection de Radio-Canada pour réduire sa facture d’épicerie.
Si tu veux aller un cran plus loin, Glouton, une appli québécoise, ne se contente pas d’afficher les circulaires : elle note chaque rabais sur 10 pour te dire si c’est un vrai spécial ou juste un prix régulier avec une étiquette jaune. La base est gratuite, les recettes selon les rabais de la semaine sont dans l’abonnement.
Dans la même famille, il y a FoodHero et Flashfood : les épiceries y vendent à fort rabais leurs produits en surplus ou proches de leur date. Tu commandes, tu payes, tu passes chercher ton sac au comptoir. Selon le test de L’actualité, FoodHero (Metro, IGA) va jusqu’à 60 % de rabais et Flashfood (Maxi, Provigo) jusqu’à 50 %, moins des frais de 1,95 $ par commande chez l’un et de 5 % chez l’autre, plafonnés à 2,99 $.
Ce que ça rapporte : un vrai écart de prix, tout de suite, à la caisse. Aucun seuil, aucun chèque à attendre.
Ce que ça te demande : dix minutes avant de partir pour Flipp, Reebee ou Glouton, et l’économie se fait à condition de suivre ta liste une fois rendu au magasin. Pour FoodHero ou Flashfood, de la souplesse : tu cuisines avec ce qu’il y a, pas avec ce que tu avais prévu. Le journaliste de L’actualité a trouvé un filet de saumon à moitié prix. Un seul. Le reste du souper, il a fallu l’improviser.
Concrètement : Flipp, Reebee ou Glouton, c’est pour toi si tu fais ta liste avant de partir. FoodHero ou Flashfood, c’est pour toi si ton menu de la semaine peut s’adapter à ce qui est offert, et si tu passes déjà devant une épicerie participante. Le simple fait d’ouvrir l’appli te dit si c’est le cas.
La carte de points de ton épicier, celle que tu as déjà et que tu utilises mal
C’est la troisième famille, et tu n’as rien à télécharger : PC Optimum chez Maxi et Provigo, Scène+ chez IGA, Moi chez Metro, ou celle de la bannière où tu fais ton épicerie. Tu passes ta carte à la caisse, les points s’accumulent, tu les échanges contre un rabais sur une prochaine facture.
Ce que ça rapporte : chez PC Optimum, 1 000 points valent 1 $. Et c’est de loin l’option qui te redonne le plus pour l’effort demandé, parce qu’elle s’ajoute à tout le reste, sur le même achat.
Ce que ça te demande : trente secondes par semaine, et rien à photographier. Mais la carte seule ne suffit pas, il y a une habitude à prendre, et elle change tout au nombre de points que tu accumules.
Concrètement : selon La Presse, PC Optimum dépose chaque jeudi de nouvelles offres dans ton compte, basées sur ce que tu achètes déjà. Et Milesopedia, un site québécois spécialisé dans les programmes de récompenses, précise le détail que beaucoup de gens ignorent : ces offres doivent être activées dans l’appli avant de passer à la caisse, sinon tu n’accumules rien dessus. Ouvrir la section « Mes offres » suffit. C’est ça, les trente secondes. Les autres programmes fonctionnent sur le même principe : des offres à activer, souvent hebdomadaires, qu’on rate si on n’ouvre jamais l’appli.
La contrepartie : ce que ces applis te demandent en échange
Gratuit, dans le monde des applis, veut rarement dire sans contrepartie. Ici, elle n’apparaît pas sur ton relevé de compte. Elle est sur ton reçu.
Une appli de remise ne prend pas juste le yogourt en offre : elle a besoin de ta facture au complet. Tout ce qu’il y a dessus. Une experte citée par le Globe and Mail le résume : chaque facture téléversée donne à l’entreprise tes habitudes d’achat, tes préférences et ta localisation. Ton reçu raconte que tu achètes des biscuits le mardi à 21 h, et quelqu’un, quelque part, trouve ça très intéressant. Certaines applis ne s’en cachent même pas : ReceiptJar et Receipt Hog, que L’actualité a passées en revue, te payent explicitement pour tes habitudes de consommation, autour de 2 ¢ par reçu. Deux cents. C’est le prix que vaut ton mardi soir.
Et la carte de points n’y échappe pas. À chaque passage à la caisse, tout ton panier est enregistré. C’est d’ailleurs comme ça que les offres personnalisées du jeudi sont fabriquées. La différence, c’est que tu n’as pas de photo à envoyer, et que c’est l’option qui te redonne le plus en échange.
Les applis de circulaires, elles, se contentent de ta localisation et de ce que tu ajoutes à ta liste. Si partager ta facture te dérange, c’est de ce côté-là que tu vas te sentir le plus à l’aise.
Comment combiner tout ça sans y passer tes soirées
Ça prend du temps, mais pas énormément : une quinzaine de minutes par semaine si tu utilises tout. Sauf que le rendement n’est pas le même partout. Activer tes points prend 30 secondes et rapporte à chaque épicerie. Flipp prend dix minutes et rapporte si tu suis ta liste. Checkout 51, c’est le moins rentable à la minute : photographier chaque reçu, attendre d’atteindre 20 $, puis attendre le chèque, pour quelques dollars par semaine. Ça vaut le coup seulement si les produits en offre sont déjà dans ton panier.
Bon. Si tu veux te servir de tout ça sans que ça devienne un deuxième emploi, le plus simple, c’est le jeudi soir, cinq minutes, trois applis. Tu ouvres celle de ton épicier pour activer les offres de la semaine. Tu ouvres Flipp pour bâtir ta liste avec les spéciaux. Et si envoyer tes factures ne te dérange pas, tu ouvres Checkout 51 pour cocher ce qui, dans ta liste, donne aussi une remise. Le même yogourt peut alors te rapporter trois fois : le prix de la circulaire, les points de ta carte et la remise sur le reçu.
FoodHero ou Flashfood, tu les gardes pour les semaines où tu n’as rien planifié et où tu passes de toute façon devant l’épicerie.
Et si tu n’as pas le temps pour tout ça, garde au moins la carte de points, avec les offres activées le jeudi. C’est le meilleur retour pour le moins d’effort, et ça marche même les semaines où tu oublies tout le reste.
Le reçu de 212 $, lui, est encore dans la poche du manteau.
Et le manteau est dans la laveuse.