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Électros au Québec : les règles changent le 5 octobre, faut-il acheter avant ou attendre?

Deux hausses de prix s'en viennent cet automne. Une seule te donne quelque chose en retour.

par Avatar photoJulien Gandelin
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En général, on n’achète pas un gros électro sur un coup de tête.

On y pense pendant des mois. On ouvre trois onglets. On demande à deux amis ce qu’ils ont pris. Et on repousse encore un peu, parce que l’ancien fonctionne toujours. Disons. À sa manière.

Sauf que des fois, t’as pas le choix.

Ta laveuse fait un drôle de bruit un mardi soir, elle arrête en plein milieu d’un cycle, et là tu te ramasses à magasiner une machine à 1 500 $ à 21 h avec une brassée trempée dans le tambour.

Dans les deux cas, la date du 5 octobre change ton calcul.

Attends, je t’explique. C’est plus simple que ça en a l’air.

À partir du 5 octobre, les électros achetés au Québec sont automatiquement couverts cinq ou six ans par la loi. Si l’appareil brise, la réparation ne te coûte rien. Pièces et main-d’œuvre comprises.

Sauf que cette protection, les fabricants ont décidé de la facturer d’avance. Plusieurs ont déjà prévenu les détaillants qu’ils montaient leurs prix pour couvrir les réparations qu’ils devront assumer.

Ton choix ressemble donc à ça : acheter maintenant à meilleur prix avec la garantie habituelle d’un an, ou attendre trois semaines, payer plus cher et être couvert cinq ou six ans.

Sauf qu’il y a une autre hausse dans le décor, celle des contre-tarifs canadiens. Et c’est justement elle qui pousse bien du monde à acheter tout de suite. On commence par là, parce que dans bien des cas, elle ne te concerne même pas.

Les contre-tarifs de 25 % ne visent pas toutes les marques

Depuis le 8 septembre, le ministère des Finances du Canada applique des contre-tarifs de 15 %, 25 % ou 50 % sur une liste de produits américains totalisant environ 27,6 milliards de dollars d’importations. Les gros électroménagers fabriqués aux États-Unis sont taxés à 25 %.

Mais « fabriqué aux États-Unis », ça exclut pas mal de monde. Selon des détaillants interrogés par La Voix de l’Est, c’est surtout Whirlpool qui écope, avec ses marques Maytag et JennAir. LG et Samsung fabriquent en Corée du Sud, GE au Mexique, et Frigidaire appartient au suédois Electrolux. Leurs appareils ne sont pas visés par les droits de douane canadiens.

Et même pour les marques touchées, l’effet met du temps à se rendre jusqu’à l’étiquette. Comme je l’expliquais ici, les marchandises déjà en route vers le Canada le 8 septembre sont exemptées. Un détaillant de Victoriaville, Setlakwe, estimait dans La Presse qu’il faudrait environ trois mois avant qu’une hausse se fasse sentir en magasin, le temps d’écouler les stocks entrés avant la surtaxe.

Donc si tu lorgnes une LG, une Samsung ou une Frigidaire, les contre-tarifs ne sont pas ton problème. Et si c’est une Whirlpool, la hausse s’en vient, mais probablement pas d’ici trois semaines.

Autrement dit, l’argument « achète vite avant les tarifs » est pas mal moins urgent qu’il en a l’air.

La garantie du 5 octobre, elle, touche toutes les marques

Selon l’Office de la protection du consommateur, la garantie légale de bon fonctionnement couvre les pièces et la main-d’œuvre et te donne droit à la réparation sans avoir à démontrer autre chose que le fait que l’appareil ne fonctionne plus. Pas de facture à retrouver, pas de négociation, pas de « malheureusement, monsieur, votre garantie est expirée depuis quatre mois ».

La durée est de six ans pour une cuisinière, un réfrigérateur, un congélateur, un climatiseur ou une thermopompe, et de cinq ans pour une laveuse, une sécheuse ou un lave-vaisselle, comme le détaille cette analyse juridique.

Elle s’applique uniquement aux achats conclus à partir du 5 octobre. Aucune rétroactivité. L’appareil acheté le 4 octobre n’a rien. Le même appareil, le lendemain matin, a cinq ou six ans de couverture.

Les fabricants, eux, ont fait leurs calculs bien avant. Dès juin, LG Electronics Canada prévenait des détaillants québécois d’une hausse de 10 % sur certains produits, en invoquant les coûts de service, de pièces, de main-d’œuvre et de logistique liés à la nouvelle garantie, rapportait La Presse. Depuis, Le Devoir rapporte des annonces de hausses de 10 % à 30 % sur certains appareils.

Et contrairement aux contre-tarifs, celle-là s’applique à tout ce qui se vend au Québec, peu importe le pays de fabrication. Sur un appareil américain, les deux s’additionnent même : la PDG de Meubles RD donne l’exemple d’une cuisinière Whirlpool qui pourrait monter de 25 % à cause des tarifs, plus 15 % du fabricant pour la garantie.

Le calcul de deux minutes à faire avant de sortir la carte

Prends une laveuse à 1 500 $. Une hausse de 15 %, c’est 225 $. Pour cinq ans de réparations couvertes, ça revient à 45 $ par année.

La question à te poser est donc celle-là : est-ce que tu aurais dit oui à la garantie prolongée au comptoir?

Si oui, attends. Tu paies pour la protection de toute façon, mais celle-là dure plus longtemps et elle est inscrite dans la loi. En prime, à partir du 5 octobre, un commerçant qui veut te vendre une garantie prolongée doit d’abord te remettre un avis écrit expliquant ce que la loi couvre déjà.

Ce qui devrait rendre certaines conversations au comptoir un peu plus courtes.

Si tu refuses systématiquement la garantie prolongée, achète maintenant. Les stocks au prix d’avant existent encore, mais les détaillants préviennent que plus les gens devancent leurs achats, plus vite ils s’écoulent.

Un bémol honnête pour ceux qui attendent : plusieurs détaillants s’inquiètent des délais de réparation, parce qu’il manque déjà de techniciens formés pour réparer ces appareils. Une école montréalaise en forme 13 à 15 par année, pour un besoin évalué à 35. La loi te donne droit à la réparation. Elle ne fait pas apparaître la personne qui vient la faire.

Bon. Tu achètes quand, finalement?

Il n’y a pas de réponse unique, mais il y a une logique.

Si ton appareil tient encore le coup, attendre le 5 octobre vaut souvent la peine. Les contre-tarifs ne bougeront pas les prix d’ici là, et tu repars avec cinq ou six ans de couverture. Ça se discute par contre si tu tombes sur un vrai rabais d’ici là, ou si tu vises un appareil d’entrée de gamme que tu ne ferais probablement pas réparer de toute façon. Une laveuse à 600 $ qui brise dans quatre ans, on la remplace plus souvent qu’on la répare.

Si la laveuse est morte hier soir, achète cette semaine. Tu profites encore des stocks entrés avant la surtaxe et des prix d’avant la garantie. Tu perds la couverture légale, mais tu t’évites trois semaines d’allers-retours à la buanderie avec quatre sacs de linge et une pile de vingt-cinq cennes.

Et si tu achètes maintenant, deux minutes de vérification peuvent t’éviter les deux hausses d’un coup : regarde où l’appareil est fabriqué. Les modèles assemblés en Corée du Sud, au Mexique ou en Europe échappent déjà aux contre-tarifs, et les stocks encore en magasin n’ont pas la hausse liée à la garantie.

Dernier détail, peu importe ton cas : c’est la date de conclusion de la vente qui compte, pas celle de la livraison. Signer le 28 septembre pour une livraison en octobre ne te donne aucune garantie.

Et si tes trois onglets sont ouverts depuis deux ans, je pense qu’on peut raisonnablement estimer que tu survivras à trois semaines de plus.

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