Tu as fait tes devoirs.
Tu as passé deux soirées à magasiner les modèles en ligne, lire des avis contradictoires, et tu as choisi ta sécheuse avec la rigueur d’une personne qui se fait livrer 1 400 $ de réflexion. Tu arrives en magasin. Le prix a monté depuis ta dernière visite.
Les mots « contre-tarifs » flottent dans ta tête comme une explication plus que plausible.
Et c’est pas faux. Le prix d’un électro dépend maintenant de trois choses qui ne sont écrites nulle part sur l’appareil : dans quel pays il a été assemblé, à quelle date il est entré au Canada et une hausse qui n’a rien à voir avec la douane.
Voici les trois vérifications à faire, et dans cet ordre.
Sommaire
Vérification no 1 : regarder le pays de fabrication, pas juste la marque
Commençons par la question que tout le monde se pose en ce moment : « C’est-tu une marque américaine? »
Mauvaise question.
Selon le cabinet d’avocats Bennett Jones, les contre-tarifs s’appliquent aux produits d’origine américaine au sens des règles de marquage, donc selon le pays inscrit sur l’étiquette « fabriqué en ». Le siège social de la marque, ses actionnaires, la langue de son service à la clientèle : rien de tout ça n’entre dans le calcul. Seul le pays de l’usine compte.
Et c’est là que ça se complique, parce que les grandes marques d’électros sont devenues des poupées russes.
Les marques à vérifier en priorité, celles où un « fabriqué aux États-Unis » est probable :
- Whirlpool, ainsi que Maytag, KitchenAid et JennAir, qui appartiennent toutes au même groupe américain. Quatre logos, une seule compagnie.
- GE Appliances, qui a des usines aux États-Unis même si la marque appartient au chinois Haier depuis 2016.
- Frigidaire, marque américaine, mais propriété du suédois Electrolux.
Ça ne veut pas dire que tous leurs modèles sont visés. Ça veut dire que tu ne peux pas le deviner en regardant la façade.
Les marques asiatiques et européennes ne sont pas automatiquement à l’abri. Une bonne partie des réfrigérateurs Samsung vendus ici sont assemblés au Mexique, donc hors de la portée des contre-tarifs. Mais Samsung, LG, Bosch ou Electrolux ont aussi des usines en Amérique du Nord, et rien n’empêche un de leurs modèles d’être assemblé aux États-Unis. Le logo coréen te rassure. L’étiquette, elle, te renseigne. La seule marque en qui tu peux avoir confiance, c’est l’étiquette.
Ce que tu regardes : l’étiquette de provenance collée sur l’appareil, à l’intérieur de la porte ou sur le côté. Celle que tu liras de toute façon dans sept ans, le jour où l’appareil brisera et que tu chercheras le numéro de modèle en regrettant de ne pas avoir gardé la facture. Autant la lire maintenant, pendant qu’elle peut encore te faire économiser quelque chose.
Ce que tu fais : pour les deux ou trois modèles qui t’intéressent, tu notes le pays. Mexique, Corée, Chine, Pologne? Les contre-tarifs n’ont rien à voir avec le prix, et si celui-ci a monté, la raison est ailleurs. États-Unis? Tu passes à la vérification no 2.
Et un détail que peu de gens vérifient : deux modèles de la même marque ne sortent pas nécessairement de la même usine. La cuisinière et le lave-vaisselle assortis peuvent avoir deux pays d’origine différents. Il faut lire les deux étiquettes. Oui, les deux.
Vérification no 2 : confirmer si le prix inclut déjà la surtaxe, ou si le stock était en transit
Là, ça devient intéressant.
D’après le gouvernement du Canada, les surtaxes de 15 %, 25 % ou 50 % sont entrées en vigueur le 8 septembre à 0 h 01. Mais les marchandises américaines déjà en transit vers le Canada à ce moment-là en sont exemptées.
Et le mot important, c’est « transit ». Un gros électro ne voyage pas en Purolator. Entre l’usine, le centre de distribution, le camion et l’entrepôt du détaillant, il y a des semaines. Ce qui veut dire qu’en ce moment, dans les entrepôts du Québec, une bonne partie des appareils américains en stock ont traversé la frontière avant la surtaxe. Ils coûtent au détaillant exactement ce qu’ils lui coûtaient en août.
Le même modèle, même couleur, même bruit de compresseur, livré la semaine dernière? Lui, il a payé.
Le détaillant sait lequel est lequel. Toi, tu dois demander.
Ce que tu demandes, mot pour mot, seulement pour les modèles dont l’étiquette dit « fabriqué aux États-Unis » :
- Est-ce que ce prix inclut déjà l’impact des contre-tarifs?
- Ce modèle vient-il d’un stock arrivé avant le 8 septembre, ou d’un arrivage récent?
Ce sont des questions que le vendeur entend beaucoup moins souvent que « y a-tu un spécial? ». Prépare-toi à un petit silence. C’est bon signe.
Comment lire la réponse : si le stock est arrivé AVANT le 8 septembre et que le prix a monté quand même, cette hausse ne repose sur aucune surtaxe réelle. C’est ton meilleur argument de négociation de l’automne. Si le stock est récent, le prix reflète probablement la surtaxe, et tu peux demander si une autre succursale a encore du stock d’avant. Ça se transfère.
La Presse rapporte d’ailleurs que plusieurs personnes ont devancé l’achat de leur cuisinière la fin de semaine précédant le 8 septembre pour éviter la hausse. Il y a donc des gens qui ont passé une des dernières belles fins de semaine de l’été à comparer des éléments chauffants sous des néons.
Je ne juge pas. J’ai déjà passé quatre heures un samedi à trier mes vis.
Vérification no 3 : vérifier si la hausse vient vraiment des tarifs, ou de la garantie légale
Parce que voici le piège de l’automne : une autre hausse circule déjà, et elle n’a rien à voir avec la douane.
La Presse rapportait en juin que LG Electronics Canada a annoncé 10 % de plus sur certains produits, en anticipation de la garantie légale de bon fonctionnement qui entre en vigueur au Québec le 5 octobre 2026. Autrement dit, des prix ont commencé à monter en juin, trois mois avant les contre-tarifs, pour une raison complètement différente.
Et quand deux hausses circulent en même temps, elles finissent par porter le même nom au comptoir. « C’est les tarifs. » C’est court, ça se dit bien et ça clôt la discussion.
Sauf que ce n’est pas la même hausse. Et surtout, ce n’est pas la même contrepartie. Celle de la garantie légale vient avec quelque chose : ton appareil sera couvert plus longtemps. C’est la seule des trois hausses possibles pour laquelle tu reçois autre chose qu’une facture.
Ce que tu vérifies : le test le plus simple, c’est de comparer avec un modèle équivalent assemblé hors des États-Unis. Si lui aussi a monté, la hausse ne vient pas des tarifs, puisqu’il n’y est pas assujetti. C’est probablement la garantie légale, ou un ajustement de prix du détaillant qui a trouvé le moment bien choisi. Si seul le modèle américain a monté, l’écart entre les deux te donne une bonne idée de ce que pèse la surtaxe.
Ce que tu demandes : quand un vendeur explique une hausse par « les tarifs », tu demandes lesquels. Un modèle LG assemblé hors des États-Unis peut avoir monté de 10 % sans qu’un seul douanier s’en soit mêlé. Et si tu magasines un électro visé par la garantie légale, tu vérifies si le prix affiché a déjà intégré cette hausse ou si elle s’ajoutera après le 5 octobre.
Ce qu’il faut garder en tête : le détaillant Setlakwe, cité par La Presse, estime à environ 25 % à 30 % la part de ses électroménagers fabriqués aux États-Unis. C’est le portrait d’un seul commerce, pas une moyenne québécoise, mais ça donne l’ordre de grandeur : la majorité des appareils sur le plancher ne sont pas touchés par les contre-tarifs. Ils ont juste l’air touchés parce que tout a l’air cher dans un magasin d’électros.
Bref, deux soirées de recherche pour choisir la sécheuse. Trois questions pour savoir ce que tu paies vraiment.
Sur 1 400 $ de réflexion, ce sont probablement les trois questions qui rapportent le plus.